— Je suis dans la merde.
Marc arpentait la pièce de long en large. Il n’arrivait pas à rester en place. Il s’asseyait pour se relever dans la seconde. Il était dans cet état depuis qu’il avait trouvé le test de grossesse positif sur la table du salon.
Et qu’il avait passé la nuit entre les bras de Julie.
Il n’avait pas trouvé le courage d’aller se glisser dans le lit avec Claire. Il resta sur le canapé, le test de grossesse sous les yeux. Tétanisé. Il y avait tant de choses dans ce petit bout de plastique. Il allait être papa. Claire était enceinte de lui. Lui qui venait de la tromper. De lui faire un enfant dans le dos. Il était content de cette phrase. Il s’en voulut. Il engueula le lycéen libidineux qui n’avait pas pu, pas su résister à la plus belle fille de la classe, alors que la fille qu’il aimait l’attendait, et attendait son enfant. Le lycéen ne répondit pas, il s’était rendormi, satisfait d’avoir réalisé un fantasme vieux d’une bonne dizaine d’années. Il se foutait des remords, des regrets, et autres considérations morales. Les lycéens, ça ne pense pas à ça. Les lycéens, ça s’endort juste après avoir fait l’amour, juste après avoir baisé.
Marc alla se doucher. Il laissa l’eau froide lui glacer le corps. Il frissonna sous le jet. Sortant de la cabine, il s'enveloppa d’une serviette, et se cala contre le lavabo, dos au miroir. Il ne voulait pas se voir. Il ne voulait pas voir son visage de traître. Quel père ferait-il ? Il se rhabilla, et alla dans la cuisine se préparer un thé. Claire le surprit alors qu’il versait l’eau frémissante dans la théière. Elle gardait les restes de la nuit sur elle, cheveux en désordre, visage chiffonné, mais traversée d’une large, d’un éclatant sourire. Marc soutint son regard rayonnant. Il aurait voulu s’enfouir dans le sol, disparaître sous la terre. Les yeux de Claire le transperçaient. Pas de colère, mais de leur bonheur. Ils n’allaient pas tarder à voir au plus profond de lui, à identifier cette tache noire qu’il portait en lui.
— Alors, demanda Claire en lui prenant les mains ?
Alors, je suis un misérable. J’ai couché avec Julie. J’ai été faible. Je m’en veux terriblement. Voilà ce qu’il aurait dû lui répondre.
— C’est vrai ? Ce que j’ai lu, c’est vrai, dit-il d’une voix qu’il ne reconnut pas ?
— C’est vrai. Je ne voulais pas attendre, je voulais que tu le saches dès ton retour.
Claire avait des feux d’artifice dans les yeux, des rossignols dans la voix. Elle flottait à deux mètres au-dessus du sol, sur le petit nuage proverbial. Marc se sentait lourd, un poids énorme lui pesait sur les épaules, il devait lutter de toutes ses forces pour ne pas y céder, ne pas s’effondrer.
Claire se prépara un café, l’avala en vitesse, passa par la salle de bains ,s’habilla et quitta Marc dans un baiser. Il eut peur qu’elle sente le goût des lèvres de Julie. Il n’en fut rien. Ce matin elle ne pouvait sentir que son bonheur.
Après avoir entendu la porte se refermer, Marc regarda l'heure. Il était encore tôt, trop tôt pour téléphoner à Lucie. Il décrocha tout de même le téléphone, il ne pouvait pas attendre. Il fallait qu’il parle à quelqu’un.
Il la tira du sommeil. Elle avait la voix pâteuse. Il lui expliqua qu’il fallait qu’il la voie, vite, dans l’instant, c’était important, capital, vital. Lucie ne comprit pas très bien ce qu’il se passait, encore dans les brumes du sommeil. Elle l’invita à venir chez elle. Il y était dix minutes plus tard, usant le tapis du salon par ses aller-retour nerveux.
— Tu veux bien t’asseoir et rester tranquille, tu me fous le tournis.
— Pardon, mais je suis trop nerveux.
— Et moi j’ai la gueule de bois, tu sais à quelle heure je me suis couché. Et ce que j’ai bu ? Si tu étais venu, tu l’aurais su.
— Je t’avais dit que je ne viendrais pas cette année.
— Ouais, et j’ai cru que tu nous jouais encore ta Diva. Ton numéro tu type que se fait désirer, supplier. Je le connais par coeur. Je pensais que tu débarquerais la bouche en coeur. J’ai été déçu. Surtout maintenant que tu me dis que c’était pour aller sauter ta Julie.
— Je suis désolé. Pour tout.
— Tu peux, salaud. Qu’est-ce que vous avez les mecs ! Vous pouvez pas garder votre bitte dans votre pantalon. C’est dingue.
Marc aimait bien Lucie parce qu’elle ne tournait pas autour du pot, elle disait les choses telles qu’elles étaient. Il avait sauté Julie. Il avait cédé le contrôle de son corps à sa bitte. Et au lycéen.
— Qu’est-ce que je vais faire ?
— Tu vas rentrer la queue entre les jambes et tout raconter à Claire.
— C’est ce que je voulais faire, mais...
— Mais tu es comme tous les autres un trouillard, une merde molle, un pauvre type qui pense qu’il peut tirer son coup à droite et à gauche et rentrer tranquillement chez lui et embrasser sa femme...
— Mais j’ai trouvé le test de grossesse de Claire, et il était positif.
Marc s’attendait à une nouvelle bordée d’injures de la part de Lucie, ou au moins une phrase bien sentie, et imagée. Pour toute réponse il n’eut qu’un silence. Réaction à laquelle ne l’avait pas habitué Lucie.
— Et ben merde, tu t’y connais pour te foutre dans de drôles de situations, fini-t-elle par dire. Je crois que c’est le moment de faire du café.
Marc ne put qu'acquiescer à cette proposition, même s’il n’en avait pas envie, il en avait besoin. Besoin d’un remontant. Il était encore trop tôt pour attaquer les alcools forts, un peu de caféine ferait l'affaire. D’autant que Lucie faisait un café fort, noir puissant, un breuvage qui vous remettait la tête dans le bon ordre.
Lucie sorti la poche de café du frigo, moulu une bonne poignée de grain, versa le tout dans la cafetière, l’eau se mit à frémir, elle la versa sur la poudre, laissa la décoction infuser, et appuya sur le piston de ses deux mains, poussant un petit cri pendant l’effort. Elle remplit deux tasses, en fit glisser une à Marc par-dessus la table, et avala la sienne avant qu’il ait pu poser ses lèvres dessus.
— Tu aimes Claire ?
— Oui.
— Tu aimes Julie ?
— Non.
— Bon alors le choix est vite fait. Claire est enceinte de tes oeuvres. Tu retournes vers elle en rampant. Tu lui dis, tu ne lui dis pas ce que tu as fait cette nuit, c’est ton problème, mais tu ne laisses pas passer cette fille.
— C’est pas si simple.
— C’est simple si tu le veux. Si tu commences à te faire des noeuds au cerveau, c’est ton problème. Tu voulais mon avis, tu l’as. Maintenant mon petit vieux tu te démerde avec ça. Et moi je retourne me coucher.
Marc avala son café. Il se demanda comme Lucie allait pouvoir dormir après avoir bu le même breuvage que celui qui descendait dans sa gorge, et qui réveillait à grands coups de pied toutes les cellules de son corps.
dimanche 21 février 2010
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