Marc referma le frigo. Claire derrière lui rangeait les couverts qu’elle venait de laver. Woodstock se frottait à lui, attendant qu’il lui donne un nouveau morceau de thon. Si Claire n’avait pas été là, sans doute lui en aurait-il donné un bout. Claire trouvait qu’il gâtait trop Woodstock, et qu’il avait grossi depuis qu’ils se fréquentaient. Woodstock miaula donc en vain au pied du frigo. Il avait déjà eu droit à sa ration de thon. Il devrait attendre le lendemain pour en avoir d’autres.
Marc vint se placer derrière Claire qui essuyait les derniers couverts, l’enlaça et l’embrassa dans le cou. Claire se retourna, sans se défaire de l’étreinte de son amoureux, et lui rendit son baiser.
Marc n’avait entendu le message de Claire que tard le dimanche. En la quittant au petit matin, il était rentré chez lui, pensant pouvoir profiter d’une bonne journée de repos après une nuit blanche, mais avant qu’il ait pu se glisser sous sa couette, le téléphone avait retenti, sa mère. Elle lui rappelait qu’il était attendu pour déjeuner avec les proches des nouveaux mariés. Il était hors de question qu’il manque ce rendez-vous, surtout après sa sortie de la veille.
Marc se glissa sous une douche froide pour se réveiller, puis il ajouta petit à petit de l’eau chaude, et resta longtemps sous le jet, repensant à sa fameuse sortie de la veille, cette tirade hargneuse envers cette petite vieille qui n’avait rien fait de mal, sinon lui poser une question qu’il ne fallait pas. Il aurait dû s’en vouloir d’avoir maltraité ainsi une femme si proche de la fin de sa vie. Il aurait dû, mais cette sortie lui avait permis de rencontrer Claire. Alors tant pis si la vieille tante était tombée raide morte, tant pis si pendant des mois, voire des années sa mère se servait de l’événement pour lui faire faire des choses qu’il n’avait pas envie de faire, puisqu’il y avait eu Claire, et cette nuit particulière.
Marc avait passé le déjeuner la tête ailleurs. Il répondait machinalement aux questions que les convives lui posaient, picorait dans les plats froids qui lui passaient sous les yeux. Il avait envie de dormir, de quitter ce monde trop bruyant, cette assemblée qui savait ce qu’il avait fait moins de 24 heures avant, et qui ne disait rien, se contentant de le regarder de travers en chuchotant. Il voulait partir, s’enfuir. Le regard noir de sa mère se posant sur lui à chaque fois qu’il faisait mine de se lever l'en empêchait. Il dut attendre la fin de l'après-midi, quand tout le monde prit le chemin du retour pour avoir l’autorisation d’en faire de même, non sans avoir présenté ses excuses à son cousin et sa nouvelle cousine pour son incorrection.
En rentrant chez lui il vit qu’il avait oublié son portable. Il avait eu un seul appel. Il composa le numéro de sa boîte vocale, mais reposa le téléphone avant d’écouter le message. Il était trop fatigué. Il se dit que ça pouvait attendre le lendemain. Il avait besoin de dormir. Longtemps.
Le lendemain matin, il se leva de bonne heure, comme chaque matin, après avoir petit déjeuné, s’être douché et habillé il parti au boulot. Il raconta à ses collègues le mariage, sa sortie spectaculaire, mais ne dit rien de sa nuit avec Claire. Il repensa en évoquant le déjeuner champêtre du lendemain au message qui attendait toujours d’être consulté.
Il prit son téléphone, appela sa messagerie. Il reconnut la voix de Claire. Son coeur s’emballa. Il dut repasser plusieurs fois le message pour comprendre ce qu’elle voulait lui dire. Mélange d’émotion, de fatigue, de précipitation.
— Merci... C’est très.... Enfin jamais on... C’est très beau... Vous avez.... Je ne sais pas.... Merci pour ce cadeau... Je veux... Je voudrais.... C’est magnifique.... Mon numéro.... S'il vous plaît, appelez... Merci... Encore...
Il aurait voulu l’appeler dans l’instant. Il ne pouvait pas le faire au bureau. Il devait être chez lui, dans un cadre familier et rassurant, pas dans un endroit où un élève pouvait entrer à tout moment. Le reste de la journée lui parut interminable, tant à cause de la fatigue que n’avaient pas effacée ses douze heures de sommeil que de l’attente de parler à Claire.
Elle décrocha dit « Allo ». Marc resta un instant silencieux. Elle redit « Allo ». Il dit « C’est Marc. ». Elle ne dit rien. Ils n’avaient pas eu autant de mal à se parler deux jours avant, et là, ils restaient sans voix, l’un comme l’autre. Deux idiots. Marc reprit l’initiative et se moqua du message qu’elle lui avait laissé. Elle rit. Elle lui demanda s’il voulait aller boire un verre. Il dit que oui, mais pas le soir même comme elle le suggérait. Il était crevé, par sa faute, parce qu’elle l’avait gardé en otage toute une nuit. Ils convinrent de se retrouver le vendredi soir.
Il était le premier sur les lieux. Comme souvent. Il attendit. Il la vit arriver du bout de la rue. Il ne put s'empêcher de penser à Sophie. À leur premier rendez-vous. À tout ce qui avait suivi. Le peu de bon, et la masse de mauvais. Et la rupture qui était venue mettre fin à cela. Il y avait tant de promesses dans un premier rendez-vous, tant de potentiel. En bon pessimiste pensa que ces moments de grâce ne durent pas. Et en bon pessimiste il se dit qu’il fallait en profiter au maximum avant d’avoir à payer l’inévitable note.
Ils avaient beaucoup parlé, ri encore plus, bu un peu. Marc avait proposé un restaurant. Claire l’avait suivi. Ils ne se souvenaient, ni l’un, ni l’autre de ce qu’ils avaient mangé se soir là. Ils n’avaient pas regardé leurs assiettes, ils s’étaient dévorés des yeux, comme s’ils ne devaient plus se revoir, comme s’ils ne s’étaient jamais vus. Ils ne parlèrent pas de leur nuit. Aucun des deux n’osait aborder ce sujet, pas en public. Ils chérissaient ce moment, ils voulaient le garder pour eux, rien que pour eux.
Marc raccompagna Claire jusque chez elle. Elle l’invita à monter. Il refusa. Pas ce soir dit il. Il lui prit la main. Elle frissonna. Ils restèrent sur le trottoir, uni par le bout des doigts, n’osant pas se quitter.
Claire l’embrassa, ses mains encore humides d’avoir fait la vaisselle coururent le long de son cou, provoquant un petit frisson chez Marc. Woodstock miaula à leurs pieds.
— Jaloux, dirent-ils en coeur avant d’éclater de rire
Marc vint se placer derrière Claire qui essuyait les derniers couverts, l’enlaça et l’embrassa dans le cou. Claire se retourna, sans se défaire de l’étreinte de son amoureux, et lui rendit son baiser.
Marc n’avait entendu le message de Claire que tard le dimanche. En la quittant au petit matin, il était rentré chez lui, pensant pouvoir profiter d’une bonne journée de repos après une nuit blanche, mais avant qu’il ait pu se glisser sous sa couette, le téléphone avait retenti, sa mère. Elle lui rappelait qu’il était attendu pour déjeuner avec les proches des nouveaux mariés. Il était hors de question qu’il manque ce rendez-vous, surtout après sa sortie de la veille.
Marc se glissa sous une douche froide pour se réveiller, puis il ajouta petit à petit de l’eau chaude, et resta longtemps sous le jet, repensant à sa fameuse sortie de la veille, cette tirade hargneuse envers cette petite vieille qui n’avait rien fait de mal, sinon lui poser une question qu’il ne fallait pas. Il aurait dû s’en vouloir d’avoir maltraité ainsi une femme si proche de la fin de sa vie. Il aurait dû, mais cette sortie lui avait permis de rencontrer Claire. Alors tant pis si la vieille tante était tombée raide morte, tant pis si pendant des mois, voire des années sa mère se servait de l’événement pour lui faire faire des choses qu’il n’avait pas envie de faire, puisqu’il y avait eu Claire, et cette nuit particulière.
Marc avait passé le déjeuner la tête ailleurs. Il répondait machinalement aux questions que les convives lui posaient, picorait dans les plats froids qui lui passaient sous les yeux. Il avait envie de dormir, de quitter ce monde trop bruyant, cette assemblée qui savait ce qu’il avait fait moins de 24 heures avant, et qui ne disait rien, se contentant de le regarder de travers en chuchotant. Il voulait partir, s’enfuir. Le regard noir de sa mère se posant sur lui à chaque fois qu’il faisait mine de se lever l'en empêchait. Il dut attendre la fin de l'après-midi, quand tout le monde prit le chemin du retour pour avoir l’autorisation d’en faire de même, non sans avoir présenté ses excuses à son cousin et sa nouvelle cousine pour son incorrection.
En rentrant chez lui il vit qu’il avait oublié son portable. Il avait eu un seul appel. Il composa le numéro de sa boîte vocale, mais reposa le téléphone avant d’écouter le message. Il était trop fatigué. Il se dit que ça pouvait attendre le lendemain. Il avait besoin de dormir. Longtemps.
Le lendemain matin, il se leva de bonne heure, comme chaque matin, après avoir petit déjeuné, s’être douché et habillé il parti au boulot. Il raconta à ses collègues le mariage, sa sortie spectaculaire, mais ne dit rien de sa nuit avec Claire. Il repensa en évoquant le déjeuner champêtre du lendemain au message qui attendait toujours d’être consulté.
Il prit son téléphone, appela sa messagerie. Il reconnut la voix de Claire. Son coeur s’emballa. Il dut repasser plusieurs fois le message pour comprendre ce qu’elle voulait lui dire. Mélange d’émotion, de fatigue, de précipitation.
— Merci... C’est très.... Enfin jamais on... C’est très beau... Vous avez.... Je ne sais pas.... Merci pour ce cadeau... Je veux... Je voudrais.... C’est magnifique.... Mon numéro.... S'il vous plaît, appelez... Merci... Encore...
Il aurait voulu l’appeler dans l’instant. Il ne pouvait pas le faire au bureau. Il devait être chez lui, dans un cadre familier et rassurant, pas dans un endroit où un élève pouvait entrer à tout moment. Le reste de la journée lui parut interminable, tant à cause de la fatigue que n’avaient pas effacée ses douze heures de sommeil que de l’attente de parler à Claire.
Elle décrocha dit « Allo ». Marc resta un instant silencieux. Elle redit « Allo ». Il dit « C’est Marc. ». Elle ne dit rien. Ils n’avaient pas eu autant de mal à se parler deux jours avant, et là, ils restaient sans voix, l’un comme l’autre. Deux idiots. Marc reprit l’initiative et se moqua du message qu’elle lui avait laissé. Elle rit. Elle lui demanda s’il voulait aller boire un verre. Il dit que oui, mais pas le soir même comme elle le suggérait. Il était crevé, par sa faute, parce qu’elle l’avait gardé en otage toute une nuit. Ils convinrent de se retrouver le vendredi soir.
Il était le premier sur les lieux. Comme souvent. Il attendit. Il la vit arriver du bout de la rue. Il ne put s'empêcher de penser à Sophie. À leur premier rendez-vous. À tout ce qui avait suivi. Le peu de bon, et la masse de mauvais. Et la rupture qui était venue mettre fin à cela. Il y avait tant de promesses dans un premier rendez-vous, tant de potentiel. En bon pessimiste pensa que ces moments de grâce ne durent pas. Et en bon pessimiste il se dit qu’il fallait en profiter au maximum avant d’avoir à payer l’inévitable note.
Ils avaient beaucoup parlé, ri encore plus, bu un peu. Marc avait proposé un restaurant. Claire l’avait suivi. Ils ne se souvenaient, ni l’un, ni l’autre de ce qu’ils avaient mangé se soir là. Ils n’avaient pas regardé leurs assiettes, ils s’étaient dévorés des yeux, comme s’ils ne devaient plus se revoir, comme s’ils ne s’étaient jamais vus. Ils ne parlèrent pas de leur nuit. Aucun des deux n’osait aborder ce sujet, pas en public. Ils chérissaient ce moment, ils voulaient le garder pour eux, rien que pour eux.
Marc raccompagna Claire jusque chez elle. Elle l’invita à monter. Il refusa. Pas ce soir dit il. Il lui prit la main. Elle frissonna. Ils restèrent sur le trottoir, uni par le bout des doigts, n’osant pas se quitter.
Claire l’embrassa, ses mains encore humides d’avoir fait la vaisselle coururent le long de son cou, provoquant un petit frisson chez Marc. Woodstock miaula à leurs pieds.
— Jaloux, dirent-ils en coeur avant d’éclater de rire
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