Liz attrapa la bouteille de vin et se resservit un verre. Elle s’enfonça dans sa chaise et fit tourner le liquide rouge profond entre ses doigts. Marc la regarda faire sans rien dire. Dans quelques secondes, quand Liz aurait fini de contempler son verre de Margaux, elle lèverait les yeux, croiserait le regard de Marc et lui jetterait: “ Qu’est-ce qu’il y a ? J’ai un truc entre les dents ?» Marc eut un petit rire par anticipation.
Claire revint de la cuisine avec les coupes de glace. Elle les déposa sur la table devant sa soeur et son amoureux. Elle était heureuse de les avoir tous les deux avec elle ce soir. Elle était heureuse qu’ils s’entendent bien.
— Il est vraiment aussi bien que ça ?
Claire se tourna vers Liz. Elle se tenait dans l’encadrement de la porte de la cuisine, un verre à la main. Claire se demanda si elle avait déjà vu sa soeur sans un verre à la main. Et si elle l’avait déjà vue saoule. Elle ne put que répondre non aux deux questions.
— Tu verras bien quand il arrivera, répondit-elle à Liz.
— Tu sais bien que moi les mecs...
— Tu pourras quand même juger si c’est un type gentil, drôle, sympathique.
— Ouais, ouais, ça au début il le sont tous, mais ça se gâte très vite.
— Et comment tu peux savoir ma chère soeur, quel est le dernier type avec qui tu as eu une aventure ?
— Fabien Legendre, 3°B.
— Il y a presque 20 ans.
— Et alors, ces trucs-là toutes les filles le sentent. Et au lit il est comment ? C’est un bon coup ?
— Liz !
— C’est important aussi, c’est même capital si tu veux mon avis.
— Justement, je ne le veux pas.
— Alors pourquoi tu m’as demandé de venir.
— Parce que j’avais envie de te le présenter, tout simplement. S’il te plaît, sois gentille avec moi. Je l’aime beaucoup, et même un peu plus.
— Je te taquine, c’est tout, je te jure je vais bien me tenir.
Liz alluma une cigarette et retourna s’asseoir à côté de Diane qui regardait distraitement la télé en feuilletant un magazine qui traînait. Liz se colla à elle, appuya son menton contre son épaule et se mit à lire à voix haute l’article qu’elle avait sous les yeux. Diane la repoussa et lui demandant d'arrêter. Liz fit celle qui n’entendait pas, revint s’appuyer sur l’épaule de Diane et se remit à lire. Cette dernière tenta de faire abstraction de l’intruse, et se concentra autant qu’elle pouvait sur sa lecture. Ce n’était pas la chose la plus facile qu’il soit, surtout quand Liz se mit à parler directement dans son oreille. Diane se tourna vers elle, en colère, prête à l’engueuler, mais Liz qui avait obtenu ce qu’elle voulait l'embrassa longuement. C’est à ce moment que Marc rentra dans l’appartement. Il se figea sur le seuil du salon devant le spectacle que lui offrait la soeur de Claire et sa petite amie du moment. Woodstock qui l’avait entendu arriver se frotta à ses chevilles en miaulant, attirant le regard des deux jeunes femmes sur Marc.
— Vous devez être Marc, dit Liz en sautant au pied du canapé et en avançant vers Marc main tendue.
— Et vous Liz, répondit Marc sans tendre la main, pas par manque de politesse, mais parce que celles-ci étant prise par les sacs de courses qu’il portait à bout de bras.
Liz en voyant Marc encombré par ses paquets lui mit la main sur l’épaule et lui fit un baiser sur chaque joue, avant d’attraper une des poches en plastique et de la suivre jusqu’à la cuisine. Au passage, elle lui présenta Diane.
Arrivés dans la cuisine, ils posèrent les victuailles sur la table. Marc embrassa Claire.
— Si tu ne lui avais pas dit que j’étais gouine, je crois qu’il est au courant maintenant, il m’a surpris en train de rouler une pelle à Diane.
Claire et Marc se tournèrent vers Liz, qui leur jeta un regard qui voulait dire “Quoi, j’ai dit une connerie” en croquant dans une rondelle de carotte.
— Je vous présente ma soeur, dit Claire en tapant sur les doigts de Liz avant qu’elle ne mange un autre morceau de carotte. Je ne vous avez pas menti en vous disant que c’était un phénomène.
Marc se contenta de pousser un petit rire. Il trouvait Liz très sympathique, très drôle, et très libérée. Il laissa les deux soeurs regagner le salon avant de se lancer dans la confection du dîner. Il fut heureux de voir que Claire avait bien travaillé en détaillant les légumes. C’était toujours ça de gagné.
— Tu étais obligée d’être aussi vulgaire.
— Oh soeurette, ne fais pas la prude. Et puis il n’a pas l’air d’être choqué, ni par mon langage, ni par mes orientations sexuelles. Il semblait même apprécier le spectacle tout à l’heure. N’est-ce pas Diane ?
Diane acquiesça. Claire vint s’asseoir sur le fauteuil. Woodstock lui sauta sur les genoux à peine fut-elle installée. Elle le caressa sans y penser. Le petit chat s’endormit.
— Et tu en penses quoi, demanda-t-elle à voix basse ?
— Il est plutôt mignon. Il a l’air sympa, et puis il cuisine. Ils sont rares ceux qui le font.
— En plus, il cuisine bien, vous allez voir tout à l’heure.
— On verra, mais il faut que tu m’expliques, c’est qui ces “vous” que vous vous envoyiez l’un, l’autre
Marc en faisant revenir les petits légumes dans une cocotte jetait discrètement une oreille vers le salon. Il n’arrivait à saisir que quelques mots. Il se doutait que l’on parlait de lui. Trois filles ensembles qui parlaient de lui. Il en fallait peu pour qu’il se retrouve dans son pire cauchemar. Il alla arroser le filet de porc de miel, vérifia la cuisson des légumes, et revint se cacher derrière la porte, une volée de rires l'atteignit. Il se retint de sortir pour savoir ce qui les faisait rire.
— Claire m’avait dit que tu cuisinais comme un chef, je confirme son jugement.
Liz vida son verre de vin après avoir avalé la dernière bouchée du dîner. Marc inclina la tête pour accepter le compliment. Marc se leva pour la resservir. Liz posa une main sur son verre en le voyant s'approcher bouteille en main.
— Tu es sûre ?
— Oui, je crois que ça suffit pour ce soir.
— Etrange, j’aurais cru le contraire.
— Tu n’as qu’à dire que je suis une alcoolique.
— Loin de moi cette idée, mais la seconde bouteille, je l’ai ouverte que pour toi, et comme il n’en reste qu’un fond, je me disais que tu pourrais l’honorer jusqu'au bout.
— Tu n’es qu’un horrible petit bonhomme, dit-elle en lui tendant son verre avec un large sourire aux lèvres.
Une fois que Liz et Diane les eurent quittés, Claire sauta au cou de Marc, et l’embrassa. Il lui demanda en quel honneur une telle manifestation d’affection.
— Parce que tout s’est bien passé. Liz n’a pas été trop excentrique. Vous avez été parfait. Tous les deux vous semblez bien vous entendre. Je ne peux pas être plus contente de cette soirée.
Marc enfonça sa cuillère dans le sorbet au citron, et laissa glisser le long de sa langue la glace. Il ferma un instant les yeux pour savourer le plaisir simple d’une glace en fin d’été. Liz remarqua son manège.
— Tu ne vas pas jouir pour une glace au citron tout de même ?
— Toujours dans la finesse ma chère Liz, lui répondit-il avec une profonde envie de lui envoyer une cuillère de glace à la figure, il s’abstint parce qu’il savait qu’avec Liz cela pouvait dégénérer en un rien de temps. Il ne voulait pas que le salon se retrouve submergé par diverse denrée alimentaires plus ou moins facile à nettoyer.
Claire ne prêtait plus attention aux piques que se lançaient Liz et Marc. Elle savait que c’était un jeu. Ils s'entendaient trop bien pour que ce soit jamais méchant. Elle les regarda poursuivre leur joute verbale. Ils étaient les deux personnes qu’elle aimait le plus sur cette Terre. Avec sa mère. Ceux pour qui elle aurait fait n’importe quelle folie, sans réfléchir. Et ils s’amusaient comme des garnements sous ses yeux. Elle aurait voulu que cela dure encore des heures. Pourtant, c’est elle qui mit fin à ce moment parfait.
— Tu ne nous as pas dit où était Diane ?
Liz se ferma. Le large sourire qui illuminait son visage disparu. Elle se plongea dans son sorbet comme si c’était la chose la plus importante du monde. Claire se tourna vers Marc, qui était tout aussi surpris qu’elle.
— Il y a quelque chose qui ne va pas, demanda-t-il ?
— Elle est partie.
— Comment ça partie ?
— Partie, elle m’a larguée.
— Mais pourquoi, intervint Claire ?
— Parce que c’est une salope, et une conne, et... Et merde, qu’est ce que ça peut vous faire. Je ne voulais pas vous en parler, pour ne pas vous faire chier avec mes histoires de cul.
— Tu ne nous fais pas chier avec tes histoires de cul, tu es ma soeur, et tu peux me dire pourquoi Diane est partie. Ça fait longtemps ,
— Avant l’été. Mais c’est rien. Une de perdue...
— Avant l’été, tu veux dire que ça fait presque deux mois et tu ne m’as rien dit. Tu te moques de moi Liz ?
— Non, mais... oh et puis merde. Elle est partie parce qu’elle trouvait que je n’étais pas fiable comme nana, que je ne voulais pas m’engager. Elle voulait qu’on habite ensemble, chez elle, que je laisse mon appart. Tu imagines.
— Ça faisait quand même presqu’un an que vous étiez ensemble, c’est quelque chose que l’on peut envisager à ce point d’une relation.
— Ça faisait neuf mois, et je voulais pas. Point. Si elle m’aimait, elle aurait compris. Mais elle m’a fait une scène, tu imagines même pas. Alors, je lui ai dit, que c’était comme ça, et pas autrement, et qui si ça lui plaisait pas, elle avait qu’à foutre le camp.
— Liz.
Claire alla serrer sa soeur dans ses bras. Liz se mit à pleurer. Marc qui n’avait jamais su quoi faire devant une femme en larme débarrassa, alla se réfugier à la cuisine et commença à faire la vaisselle.
Il finissait d’essuyer les premières assiettes quand Liz vint lui faire une bise sur la joue. Il lui sourit. Elle avait encore les joues humides. Il ramassa une larme qui glissait vers son menton et menaçait de tomber. Elle lui prit la main, et s’excusa de son attitude. Il la serra contre lui et dit que ce n’était rien.
Claire aurait voulu que sa soeur reste dormir, mais Liz insista pour partir. Elle dit qu’elle se sentait bien, que ça lui avait fait du bien de parler, qu’elle préférait dormir chez elle. Elle leur fit de grands signes en descendant les escaliers et une fois dans la rue sous leur fenêtre leur cria qu’elle les aimait tous les deux.
— Vous avez une sacrée soeur, dit Marc en déposant un baiser sur le front de Claire.
vendredi 12 février 2010
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