jeudi 11 février 2010

Chapitre X

Sur la table les reliefs d’un dîner estival fait de salades et de poissons grillés. Au fond d’un saladier baignent les restes d’une salade de fruits. Dans les verres, un rosé de Provence ou un Chablis. Dans les tasses du café froid. Dans le jardin les échos des rires des enfants qui jouent. Autour de la table les chaises vides occupées une heure plus tôt pas Claire, ses cousins, Marc.

Claire était émue en poussant le portail. C’était la première fois qu’elle revenait dans la maison familiale, qui avait abrité tant d’étés, depuis la mort de son père. Elle a pris la main de Marc, l’obligeant à poser les valises sur le gravier devant la porte d’entrée, et l’a entraîné à sa suite pour lui faire visiter les lieux. Les souvenirs surgissaient au détour de chaque pièce. Marc ne disait rien, se contentant de suivre la robe à fleurs qui volait devant ses yeux, remontant avec elle le temps. Claire revint dans le présent en s’apercevant de l’heure. Ses cousins allaient bientôt arriver. Elle commença à s’activer, défit les valises, confia comme d’habitude à Marc le soin de préparer le repas. Elle avait été folle de les inviter ce soir, leur premier soir. Elle n’avait pas eu trop le choix. Ils n’étaient pas disponibles à un autre moment. Alors, il fallait qu’elle assume.
À peine les gamins eurent-ils franchi le portail qu’ils se jetèrent sur Claire. En l’espace d’un battement de paupière, elle était retombée en enfance et jouait aux gendarmes et aux voleurs, aux cow-boys et aux Indiens, à cache-cache avec la même conviction qu’un gamin de 5 ans. La seule différence c’est qu’elle n’avait pas 5 ans et donc pas l’énergie qui les anime. Elle s’essouffla plus rapidement qu’eux. Elle revint s’asseoir avec les pauvres adultes. Elle avala une gorgée de Lillet, échangea quelques mots, mais ses petits compagnons de jeu revinrent à la charge avant qu’elle n’ait pu se reposer. Marc posa sa main sur son avant-bras, l’embrassa dans le cou, et se leva pour prendre sa place dans les cavalcades des enfants. Il se mit à courir derrière eux en faisant des bruits de monstre, quand il les attrapa il leur fit faire l’avion, leurs rires retentissent alors pour le plus grand plaisir de Claire. Elle se doutait que Marc aimait les enfants, il ne pouvait pas faire le boulot qu’il faisait sans avoir quelques affinités avec le monde de l’enfance, ou de l’adolescence, mais le voir se lancer, comme elle l’avait fait quelques minutes avant lui, dans les jeux d’enfant de 5 et 7 ans confirma cette impression.
La nuit était tombée. Une douce nuit d’été. Les cousins étaient partis, leurs petits diables avec eux. Marc et Claire se retrouvaient de nouveau seuls. Ils avaient commencé à ramasser le désordre, ramasser assiettes et verres, jeter les restes du repas, arrêtes de poisson, quignons de pain. Claire enlaça Marc qui se penchait sur l’évier pour commencer la vaisselle, son menton vint se poser sur son épaule.
— Je veux des enfants, lui lança-t-elle sans préambule.
— Je veux dormir, lui répondit-il.
— Je suis sérieuse, je veux des enfants. J’aime les voir courir partout, rire pour un rien, pleurer pour un rien. J’aime leur raconter des histoires, j’aime répondre à leurs questions idiotes, j’aime les enfants, et je veux des enfants.
— Pas de problème, dit Marc en se tournant vers elle, j’ai la solution.
Il l’attira contre lui, lui serra la taille, laissa glisser sa main sur ses fesses, les caressa, tendrement, mais fermement, il posa sa main libre sur sa nuque, il se rapprocha un peu, jusqu’à sentir ses seins contre sa poitrine, seules quelques pièces d’étoffes séparaient leurs épidermes, il l’embrassa avec passion, fougue. Un baiser qui ne voulait pas finir.
Elle glissa une jambe entre les siennes. Sans se séparer, sans interrompre le début de leur fusion anatomique ils avançaient au travers de la maison. Elle passa ses doigts dans les cheveux de son amoureux enflammé. Il remonta sa main sous sa jupe, fit crisser sous ses doigts la soie de sa culotte.
Elle se raccrocha à son fessier dont elle pétrit les chairs avec ardeur. Ils basculèrent ensemble sur le canapé. Ils se déshabillèrent mutuellement avec impatience. Elle fit sauter deux boutons de sa chemise dans le feu de l’action. Il arracha son tee-shirt, se bâtît avec son soutien-gorge. Elle fit voler sa ceinture au travers de la pièce. Il défit la fermeture éclair de sa jupe prestement, lui enlève sa culotte avec les dents.
Enfin plus rien ne se mit entre eux, libéré ils purent se jeter l’un sur l’autre, s’emplir l’un de l’autre. Ils se goûtèrent mutuellement, s’apprivoisèrent du bout des lèvres, il se mit à ses pieds et d’une bouche experte joua de sa féminité tirant les premiers râles de plaisir de sa compagne. Elle écrasa entre ses doigts les coussins du canapé. Elle serra entre ses jambes le torse de son amant, ne le libérant de son étau qu’à regret pour le laisser remonter, méthodiquement il laissa courir ses lèvres sur son ventre, ses cotes, ses seins, son cou, ses lèvres.
Elle le tint entre ses bras et quand enfin il entra en elle, elle planta ses ongles dans son dos, laissant des marques rouge sang sur sa peau. Il se perdit en elle, totalement, absolument, se noyant dans ses cheveux, voulant s’emplir d’elle comme il l’emplit de lui. Ils voudraient ne faire qu’un. Ils ne sont qu’un, un instant d’éternité quand au bout de leur étreinte leurs corps exultent a l’unisson.
Las, fourbus, ravis, exténués, euphoriques, ils ne voulaient pas rompre leur union. Il cueillit comme s’il s’agissait de perles de rosée les gouttes de sueur qui coulaient sur son corps, il suivit leur flot jusqu’à son nombril, il posa sa tête sur son ventre, reprenant des forces. Elle laissa glisser ses doigts sur son visage, au passage il tenta de lui en mordre un. Elle rit de surprise. Il leva la tête, montra les dents. Elle se leva. Il lui dit qu’il va la dévorer. Elle tenta de lui échapper. Il se lança à sa poursuite. Elle se réfugia dans la chambre où elle se jeta sur le lit. Il s'arrêta sur le pas de la porte. Elle ne fuit plus, d’un geste coquin elle l’invita à la rejoindre. Il sauta sur le lit d’un bond provoquant des hurlements de surprise. Il la plaqua contre le matelas, mais dans un sursaut elle le renversa, elle renversa l’équilibre.
Elle domina son amant. Le chevaucha crânement, mena les opérations avec l’assentiment de son partenaire qui ne se débat que pour la forme prenant plaisir à suivre son un autre angle les ondulations lascives de sa maîtresse. Il lui laissa le gouvernail jusqu’à ce que dans un relent d’orgueil masculin il décida de reprendre le dessus. De colère elle planta ses dents dans son épaule. Il poussa un petit cri avant de rire, et se vengea en lui mordillant l’oreille.
Elle le tint fermement contre elle. Resserra fermement l’étau de ses jambes autour de ses fesses. Avant de se laisser retomber vaincue, heureuse, comblée. À son tour, il s’écroula à ses côtés. Elle embrassa son torse, il caressa ses cheveux. Ils restèrent l’un contre l’autre en silence.
Elle se leva, se dirigea vers la salle de bain. Il la regarda s’éloigner. Entends l’eau couler dans la douche. Il se leva, s’approcha en silence de la cabine, ouvrit délicatement la porte, la surprit et la fit sursauter. Ils se serrèrent sous le jet. Laissant couler avec délice l’eau sur leur peau, entraînant les traces de sueur résultant de leurs étreintes. Ils sont bien. Puis elle décida de ne pas en rester là. Elle laissa glisser sa main vers le sexe de son amant, qui bien que surpris la laissa faire.
Elle s’agenouilla pour lui rendre les faveurs buccales qui avaient ouvert leurs ébats. Il s’adossa contre le mur pendant qu’elle le gâta. Il l’invita à remonter. La plaqua contre la porte de la douche et s’insinua à nouveau en elle, reprenant une nouvelle fois leur danse d’amour sous la cascade d’eau tiède tombant du pommeau de douche. Elle s'agrippa à lui de tous les moyens possibles, allant jusqu’à lui tirer les cheveux, en arrachant quelques-uns au passage. La porte de la douche manqua de sortir de ses gonds et ils durent quitter leur cabine pour poursuivre, inondant la salle de bains. Ils s’effondrèrent sur le sol, le carrelage froid ne freina pas leurs ardeurs.
Enfin, ils se retrouvèrent dans le lit. À bout de force. Pelotonné l’un contre l’autre ils s’endormirent d’un sommeil lourd.

Claire dort à poing fermé. Marc s’est réveillé dès que les premiers rayons du soleil ont percé au travers des volets en bois et sont venus frôler son visage. Il quitte la chambre tout doucement, comme quand il se lève le matin pour aller travailler. Claire ne va pas se réveiller avant des heures, sans se soucier de ce qui se passe au-dehors. Marc enfile un tee-shirt et un pantalon. Dans la cuisine dans le salon il ramasse les vêtements qui traînent de-ci de-là. La vaisselle est encore dans l’évier. Par la fenêtre il voit la table du jardin sur laquelle des verres, des assiettes, des bouteilles l’attendent après avoir passé la nuit dehors. Il sort pour finir ce que leurs pulsions sexuelles débridées par la chaleur, le vin, et l’amour leur avaient fait oublier. En s’approchant de la table, son pied cogne dans un camion de pompier miniature. Il se baisse, s’en saisit. Des enfants pensa-t-il ?

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