— Alors ?
Marc releva les yeux de la sanction qu’il était en train de remplir. Il n’aimait pas les sanctions, il ne savait jamais comment remplir le motif, il voulait que ce soit élégant, mais pas trop abstrait pour que ça reste compréhensible. Il cherchait toujours à raconter une petite histoire en trois lignes. C’était loin d’être facile. Surtout s’il était dérangé en permanence.
— Alors, c’était comment ?
Marc vit Lucie, l’une de ses collègues, un petit bout de femme plein d’énergie, une énergie qu’il n’aurait jamais, et qu’il ne cherchait pas à avoir, même si dans certaines situations cela lui aurait été bien utile.
Avant de lui répondre, il lui dit bonjour.
— Oui, bonjour, pardon, dit-elle en posant tout le fatras de sacs qu’elle traînait en permanence après elle.
Marc la regarda s’asseoir sur le fauteuil à côté du sien. Il jeta un oeil au bazar qu’elle venait de mettre en trente secondes. Si après le passage d’Atilla l’herbe ne repoussait pas, après le passage de Lucie le bel ordonnancement du bureau volait en éclat et avait peu de chance de revenir. Marc passerait derrière elle, rangerait ses sacs, son manteau jeté en travers d’un bureau, les divers prospectus qu’elle avait posés à côté de l’ordinateur, juste sur la souris finirait à la poubelle, comme la moitié de biscuit qui trônait bien en vue à côté de la tasse de café qu’elle venait de se servir, et qu’elle ne finirait pas plus que le biscuit. Il ne put pas s'empêcher de sourire devant ce spectacle. Il ne ferait pas la moindre remarque, sachant qu’il s’en prendrait tout autant en retour sur sa maniaquerie, voire même plus.
— Alors quoi ?
— Fait pas l’innocent. Cette fille, ce week-end ?
— Encore une de passée.
Marc enfila son blouson, attrapa ses clefs, reposa le téléphone sur son support, vérifia que l’ordinateur était bien éteint, tira sur la fenêtre pour la fermer, et répondit à Lucie.
— Plus que trois avant les vacances.
C’était une sorte de rituel. Chaque vendredi soir il faisait le décompte des semaines qui leur restait avant les prochaines vacances.
Il la laissa passer et ferma à clef la porte du bureau. Il n’aimait pas les vendredis après-midi. C’était toujours les moments les plus difficiles de la semaine. Ce moment où l’on attend qu’une seule chose, le week-end, que l’on porte la fatigue de toute la semaine sur les épaules, que l’on aimerait se relâcher un peu, mais où il fallait être plus vigilant parce que les gamins, tout aussi excités par le week-end, et tout aussi fatigués, se lâchent eux pour de bon. Le seul bon moment, c’était celui où il fermait le bureau, qu’il remontait le couloir jusqu'à la sortie sans croiser un seul élève, une seule personne ! Tout était silencieux. Tout le bruit et la fureur des heures précédentes s’étaient envolés.
— Qu’est ce que tu vas faire ce week-end, demanda tout aussi rituellement Lucie ?
— Rien. Me reposer. Glander un peu, dormir, mater la télé, lire. Programme excitant, n'est-ce pas ?
Il répondait toujours la même chose, à peu près. Et ne mentait pas, c’était le programme de la plupart de ses week-ends. Il aimait ne rien faire, et n’en ressentir aucune culpabilité. Il n’entendit pas la réponse de Lucie. En sortant, il vit Claire devant le portail, assise sur le capot de sa voiture. Elle se leva en le voyant. Marc s'arrêta sur le trottoir. Lucie remarque qu’il y avait un problème.
— Tu vas bien, lui demanda-t-elle ?
Il ne répondit rien. Claire s’avançait vers eux. Elle souriait. Un large sourire qui éclairait son visage. Arrivée devant eux, elle prit la main de Marc et se pencha pour l’embrasser. Lucie les dévisageait.
— Surprise, dit Claire. Vous me présentez votre amie ?
Marc resta interdit. Il lui fallut une poignée de seconde avant de redescendre sur Terre. Il marmonna quelque chose d’incompréhensible en désignant vaguement de la main Lucie.
— Je crois qu’il a voulu dire Lucie, dit celle-ci en tendant la main à Claire. Rassurez-moi, vous ne lui faites pas toujours cet effet quand vous l’embrassez ?
— C’est la première fois que j’arrive à le faire bugger comme ça. Claire, au fait.
— Qu’est-ce que tu fais ici, demanda Marc une fois qu’il eu repris ses esprits ?
— Je viens te chercher à la sortie de l’école pour partir en week-end. Deux jours, rien que toi et moi au bord de la mer.
— Je crois que tu vas devoir revoir ton programme, plaisanta Lucie.
— Je crois bien aussi, répondit-il. Où allons-nous ?
— Surprise. Vous n’avez rien à faire, juste me suivre. J’ai tout prévu. Je vous ai préparé une valise, je n’ai pas oublié vos petites affaires de toilette. J’ai réservé l'hôtel, j’ai établi un programme, rassurez-vous pas trop lourd, il pourra se passer essentiellement dans la chambre. J’ai même pris Sinatra et Nat King Cole pour la route.
— Je n’ai pas le choix, si je comprends bien.
— Pas trop. Laissez-moi faire, je ne vous brusquerais pas trop, promis.
Claire passa son bras sous celui de Marc et l'entraîna derrière elle, non sans avoir pris soin de prendre congé de Lucie qui les regardait partir bras dessus, bras dessous, en leur souhaitant un bon week-end.
Ils arrivèrent à Biarritz un peu avant que la nuit tombe. Le soleil fondait dans l’océan sous leurs yeux. Marc qui avait grandi au bord de la mer n’était pas de tout impressionné par le spectacle, mais par l’expression de Claire devant cette vision de carte postale.
— J’ai toujours aimé les couchers de soleil, dit-elle les yeux écarquillés et un sourire de satisfaction aux lèvres. J’en ai vu des centaines, et à chaque fois ça me fait le même effet.
Marc la dévorait des yeux.
— Quoi, lui dit-elle en le voyant la dévisager ?
— Je vous aime, lui répondit-il avant de la prendre dans ses bras et de l’embrasser sous les derniers feux du soleil.
Plus romantique tu meurs pensa-t-il en glissant sa main le long de son dos.
Claire avait réservé dans un petit hôtel, sans prétention, mais avec vue sur la mer. Ils faisaient partie des rares clients. L’hiver n’était pas encore derrière eux. Ce n’était pas une période de vacances. La côte basque n’attirait pas encore les foules. Après avoir posé leurs valises dans la chambre, très correcte, ils allèrent dîner. Ils longèrent le bord de mer en se tenant par la main. Claire se serra contre lui. Il faisait frais. Les embruns montaient de l’océan à leurs pieds. Marc se pencha vers Claire, et murmura un merci à son oreille. Claire se serra un peu plus contre lui.
Le restaurant n’avait rien d’exceptionnel. Deux autres tables étaient occupées par des couples, très largement plus âgés qu’eux. Ils dînèrent correctement, sans plus. Ils discutèrent de choses et d’autres, de choses sans importances. En sortant le froid des premières nuits de Mars leur tomba dessus. Claire frissonna. Ils se hâtèrent de retrouver leur chambre. Pressant de plus en plus le pas, Claire se mit à courir. Marc la regarda partir au loin et s'arrêter sous un lampadaire, le narguant, lui faisant signe de la rejoindre. Il se mit à courir. Le voyant faire, Claire poussa un petit rire et reprit sa course. Marc la rattrapa juste devant l’hôtel. Elle fit mine de crier quand il l’enserra de ses bras. Il l’en empêcha d’un baiser.
— Je vous aime aussi, lui dit-elle en se reculant après leur étreinte.
Le soleil rentrait par la fenêtre et réveilla Marc. Ils n’avaient pas pris la peine de tirer les rideaux la veille, trop occupé à se déshabiller, à rejoindre le lit, et à faire l’amour. Il se redressa, s’appuya sur un coude et fit glisser ses doigts de haut en bas le long de la colonne vertébrale de Claire. Elle se retourna, lui sourit, demanda l'heure qu’il était. Marc ne savait pas, et lui dit que cela n’avait pas d’importance, ils avaient encore tout le temps qu’il fallait pour visiter la ville, et accomplir le programme prévu.
— Vous ne savez pas ce que j’ai prévu, lui dit-elle.
— Je crois savoir que ceci doit être en tête de liste, répondit-il en se penchant vers elle pour l’embrasser.
Ils ne sortirent de la chambre que très tard, juste à l'heure du déjeuner, qu’ils prirent dans un restaurant de fruit de mer, partageant un plateau d'huîtres et une bouteille de vin blanc sec. Ils passèrent le reste de l’après-midi à se balader dans la ville, s'arrêtant pour prendre un chocolat chaud face à la mer.
En début de soirée, il se mit à pleuvoir. Marc regardait la ville sous la pluie par la fenêtre de la chambre pendant que Claire prenait une douche. Dire qu’il aurait pu être dans le canapé à regarder la télé. Claire sortit de la salle de bain une serviette nouée au-dessus de sa poitrine. Marc se tourna vers elle.
— Je sais ce que vous avez en tête, mais n’imaginez pas que je suis une fille facile.
— J’ai toujours aimé la difficulté.
— Et bien il va falloir refréner vos pulsions. Prenez donc une bonne douche froide pendant que je m’habille, c’est parfait pour ce que vous avez.
Marc donna une petite tape sur les fesses de Claire en rentrant dans la sale de bain.
— Goujat, dit-elle.
— Allumeuse, lui répondit-il.
Ils dînèrent au restaurant du casino. Claire tenait à y passer la soirée. Marc la regarda donc s’amuser comme une petite fille aux machines à sous et à la boule. Elle gagna un peu, somme dérisoire qu’elle dépensa aussitôt en s’offrant un cocktail au bar. Ils s’installèrent dans de grands fauteuils profonds pour siroter leur boisson colorée. Claire rayonnait. Marc aurait pu passer la nuit à la regarder.
Ils firent leurs valises le lendemain matin et quittèrent l’hôtel avant 11 heures. Claire avait prévu une étape avant de rentrer. Une étape gastronomique. Une nouvelle surprise. Ils roulèrent dans l’arrière-pays en évitant les grands axes. Ils avaient le temps disait Claire en consultant de temps en temps la carte routière, elle n’avait réservé que pour 13 heures au Relais de La Poste, à Magescq.
Le repas fut un enchantement. Salade de homard aux pommes chinoise et Tournedos de boeuf de chalosse à la plancha pour elle. Effeuillée d’écrevisses « Pieds rouges » aux artichauts cuits et crus et Sole aux cèpes pour lui. Marc raconta qu’il avait déjà déjeuné dans ce restaurant, bien des années avant, avec ses parents. Déjà à l’époque il avait pris la sole aux cèpes. Il gardait, malgré son jeune âge, le souvenir précis de comment le serveur avait soulevé les filets pour les déposer dans son assiette. C’était du grand art, à deux doigts de la sculpture. Il n’avait commandé ce plat que pour profiter, une nouvelle fois de ce spectacle.
Ils quittèrent leur table heureux, comblés par l’ambiance, le service, le repas. Claire s’installa au volant. Marc jeta un dernier coup d’oeil au temple de la gastronomie qu’ils quittaient. Il se pencha vers Claire, l’embrassa dans le cou, et lui dit merci. Merci pour ce week-end, merci d’être ce qu’elle était, merci d’être avec lui. Claire rougit. Elle ne dit rien. La route défilait sous leurs yeux. Marc s’endormit. Il aimait quand Claire conduisait, elle était confiante, sûre d’elle. Tout le contraire de lui. Dès qu’il prenait le volant avec quelqu’un, il angoissait. Il se foutait d’avoir un accident, de perdre la vie, ses jambes ou toute autre partie de lui, mais il ne supportait pas l’idée qu’il puisse faire du mal à son passager. Il laissait Claire conduire à chaque fois qu’il le pouvait. Il se sentait bien à ses côtes. Marc s’endormit et ne se réveilla que quand ils retrouvèrent Bordeaux. La ville était calme comme tous les dimanches après-midi.
Claire se gara, Marc attrapa les valises. Ils remontèrent vers leur appartement. Woodstock les attendait sur le pas de la porte. Il miaula pour les accueillir, et pour que ses maîtres, qui l’avaient abandonné tout un week-end, regarnissent sa gamelle.
Marc hésita. Il ne pouvait pas lui raconter en détail ce week-end. Trop long, trop intime. Il ne pouvait pas non plus rester silencieux. Marc avait peu d’amis, et il considérait que Lucie appartenait à ce cercle restreint. Il entreprit donc de lui raconter l’essentiel. Une version résumé.
— D’accord, très bien, mais cette fille, c’est qui ?
Marc releva les yeux de la sanction qu’il était en train de remplir. Il n’aimait pas les sanctions, il ne savait jamais comment remplir le motif, il voulait que ce soit élégant, mais pas trop abstrait pour que ça reste compréhensible. Il cherchait toujours à raconter une petite histoire en trois lignes. C’était loin d’être facile. Surtout s’il était dérangé en permanence.
— Alors, c’était comment ?
Marc vit Lucie, l’une de ses collègues, un petit bout de femme plein d’énergie, une énergie qu’il n’aurait jamais, et qu’il ne cherchait pas à avoir, même si dans certaines situations cela lui aurait été bien utile.
Avant de lui répondre, il lui dit bonjour.
— Oui, bonjour, pardon, dit-elle en posant tout le fatras de sacs qu’elle traînait en permanence après elle.
Marc la regarda s’asseoir sur le fauteuil à côté du sien. Il jeta un oeil au bazar qu’elle venait de mettre en trente secondes. Si après le passage d’Atilla l’herbe ne repoussait pas, après le passage de Lucie le bel ordonnancement du bureau volait en éclat et avait peu de chance de revenir. Marc passerait derrière elle, rangerait ses sacs, son manteau jeté en travers d’un bureau, les divers prospectus qu’elle avait posés à côté de l’ordinateur, juste sur la souris finirait à la poubelle, comme la moitié de biscuit qui trônait bien en vue à côté de la tasse de café qu’elle venait de se servir, et qu’elle ne finirait pas plus que le biscuit. Il ne put pas s'empêcher de sourire devant ce spectacle. Il ne ferait pas la moindre remarque, sachant qu’il s’en prendrait tout autant en retour sur sa maniaquerie, voire même plus.
— Alors quoi ?
— Fait pas l’innocent. Cette fille, ce week-end ?
— Encore une de passée.
Marc enfila son blouson, attrapa ses clefs, reposa le téléphone sur son support, vérifia que l’ordinateur était bien éteint, tira sur la fenêtre pour la fermer, et répondit à Lucie.
— Plus que trois avant les vacances.
C’était une sorte de rituel. Chaque vendredi soir il faisait le décompte des semaines qui leur restait avant les prochaines vacances.
Il la laissa passer et ferma à clef la porte du bureau. Il n’aimait pas les vendredis après-midi. C’était toujours les moments les plus difficiles de la semaine. Ce moment où l’on attend qu’une seule chose, le week-end, que l’on porte la fatigue de toute la semaine sur les épaules, que l’on aimerait se relâcher un peu, mais où il fallait être plus vigilant parce que les gamins, tout aussi excités par le week-end, et tout aussi fatigués, se lâchent eux pour de bon. Le seul bon moment, c’était celui où il fermait le bureau, qu’il remontait le couloir jusqu'à la sortie sans croiser un seul élève, une seule personne ! Tout était silencieux. Tout le bruit et la fureur des heures précédentes s’étaient envolés.
— Qu’est ce que tu vas faire ce week-end, demanda tout aussi rituellement Lucie ?
— Rien. Me reposer. Glander un peu, dormir, mater la télé, lire. Programme excitant, n'est-ce pas ?
Il répondait toujours la même chose, à peu près. Et ne mentait pas, c’était le programme de la plupart de ses week-ends. Il aimait ne rien faire, et n’en ressentir aucune culpabilité. Il n’entendit pas la réponse de Lucie. En sortant, il vit Claire devant le portail, assise sur le capot de sa voiture. Elle se leva en le voyant. Marc s'arrêta sur le trottoir. Lucie remarque qu’il y avait un problème.
— Tu vas bien, lui demanda-t-elle ?
Il ne répondit rien. Claire s’avançait vers eux. Elle souriait. Un large sourire qui éclairait son visage. Arrivée devant eux, elle prit la main de Marc et se pencha pour l’embrasser. Lucie les dévisageait.
— Surprise, dit Claire. Vous me présentez votre amie ?
Marc resta interdit. Il lui fallut une poignée de seconde avant de redescendre sur Terre. Il marmonna quelque chose d’incompréhensible en désignant vaguement de la main Lucie.
— Je crois qu’il a voulu dire Lucie, dit celle-ci en tendant la main à Claire. Rassurez-moi, vous ne lui faites pas toujours cet effet quand vous l’embrassez ?
— C’est la première fois que j’arrive à le faire bugger comme ça. Claire, au fait.
— Qu’est-ce que tu fais ici, demanda Marc une fois qu’il eu repris ses esprits ?
— Je viens te chercher à la sortie de l’école pour partir en week-end. Deux jours, rien que toi et moi au bord de la mer.
— Je crois que tu vas devoir revoir ton programme, plaisanta Lucie.
— Je crois bien aussi, répondit-il. Où allons-nous ?
— Surprise. Vous n’avez rien à faire, juste me suivre. J’ai tout prévu. Je vous ai préparé une valise, je n’ai pas oublié vos petites affaires de toilette. J’ai réservé l'hôtel, j’ai établi un programme, rassurez-vous pas trop lourd, il pourra se passer essentiellement dans la chambre. J’ai même pris Sinatra et Nat King Cole pour la route.
— Je n’ai pas le choix, si je comprends bien.
— Pas trop. Laissez-moi faire, je ne vous brusquerais pas trop, promis.
Claire passa son bras sous celui de Marc et l'entraîna derrière elle, non sans avoir pris soin de prendre congé de Lucie qui les regardait partir bras dessus, bras dessous, en leur souhaitant un bon week-end.
Ils arrivèrent à Biarritz un peu avant que la nuit tombe. Le soleil fondait dans l’océan sous leurs yeux. Marc qui avait grandi au bord de la mer n’était pas de tout impressionné par le spectacle, mais par l’expression de Claire devant cette vision de carte postale.
— J’ai toujours aimé les couchers de soleil, dit-elle les yeux écarquillés et un sourire de satisfaction aux lèvres. J’en ai vu des centaines, et à chaque fois ça me fait le même effet.
Marc la dévorait des yeux.
— Quoi, lui dit-elle en le voyant la dévisager ?
— Je vous aime, lui répondit-il avant de la prendre dans ses bras et de l’embrasser sous les derniers feux du soleil.
Plus romantique tu meurs pensa-t-il en glissant sa main le long de son dos.
Claire avait réservé dans un petit hôtel, sans prétention, mais avec vue sur la mer. Ils faisaient partie des rares clients. L’hiver n’était pas encore derrière eux. Ce n’était pas une période de vacances. La côte basque n’attirait pas encore les foules. Après avoir posé leurs valises dans la chambre, très correcte, ils allèrent dîner. Ils longèrent le bord de mer en se tenant par la main. Claire se serra contre lui. Il faisait frais. Les embruns montaient de l’océan à leurs pieds. Marc se pencha vers Claire, et murmura un merci à son oreille. Claire se serra un peu plus contre lui.
Le restaurant n’avait rien d’exceptionnel. Deux autres tables étaient occupées par des couples, très largement plus âgés qu’eux. Ils dînèrent correctement, sans plus. Ils discutèrent de choses et d’autres, de choses sans importances. En sortant le froid des premières nuits de Mars leur tomba dessus. Claire frissonna. Ils se hâtèrent de retrouver leur chambre. Pressant de plus en plus le pas, Claire se mit à courir. Marc la regarda partir au loin et s'arrêter sous un lampadaire, le narguant, lui faisant signe de la rejoindre. Il se mit à courir. Le voyant faire, Claire poussa un petit rire et reprit sa course. Marc la rattrapa juste devant l’hôtel. Elle fit mine de crier quand il l’enserra de ses bras. Il l’en empêcha d’un baiser.
— Je vous aime aussi, lui dit-elle en se reculant après leur étreinte.
Le soleil rentrait par la fenêtre et réveilla Marc. Ils n’avaient pas pris la peine de tirer les rideaux la veille, trop occupé à se déshabiller, à rejoindre le lit, et à faire l’amour. Il se redressa, s’appuya sur un coude et fit glisser ses doigts de haut en bas le long de la colonne vertébrale de Claire. Elle se retourna, lui sourit, demanda l'heure qu’il était. Marc ne savait pas, et lui dit que cela n’avait pas d’importance, ils avaient encore tout le temps qu’il fallait pour visiter la ville, et accomplir le programme prévu.
— Vous ne savez pas ce que j’ai prévu, lui dit-elle.
— Je crois savoir que ceci doit être en tête de liste, répondit-il en se penchant vers elle pour l’embrasser.
Ils ne sortirent de la chambre que très tard, juste à l'heure du déjeuner, qu’ils prirent dans un restaurant de fruit de mer, partageant un plateau d'huîtres et une bouteille de vin blanc sec. Ils passèrent le reste de l’après-midi à se balader dans la ville, s'arrêtant pour prendre un chocolat chaud face à la mer.
En début de soirée, il se mit à pleuvoir. Marc regardait la ville sous la pluie par la fenêtre de la chambre pendant que Claire prenait une douche. Dire qu’il aurait pu être dans le canapé à regarder la télé. Claire sortit de la salle de bain une serviette nouée au-dessus de sa poitrine. Marc se tourna vers elle.
— Je sais ce que vous avez en tête, mais n’imaginez pas que je suis une fille facile.
— J’ai toujours aimé la difficulté.
— Et bien il va falloir refréner vos pulsions. Prenez donc une bonne douche froide pendant que je m’habille, c’est parfait pour ce que vous avez.
Marc donna une petite tape sur les fesses de Claire en rentrant dans la sale de bain.
— Goujat, dit-elle.
— Allumeuse, lui répondit-il.
Ils dînèrent au restaurant du casino. Claire tenait à y passer la soirée. Marc la regarda donc s’amuser comme une petite fille aux machines à sous et à la boule. Elle gagna un peu, somme dérisoire qu’elle dépensa aussitôt en s’offrant un cocktail au bar. Ils s’installèrent dans de grands fauteuils profonds pour siroter leur boisson colorée. Claire rayonnait. Marc aurait pu passer la nuit à la regarder.
Ils firent leurs valises le lendemain matin et quittèrent l’hôtel avant 11 heures. Claire avait prévu une étape avant de rentrer. Une étape gastronomique. Une nouvelle surprise. Ils roulèrent dans l’arrière-pays en évitant les grands axes. Ils avaient le temps disait Claire en consultant de temps en temps la carte routière, elle n’avait réservé que pour 13 heures au Relais de La Poste, à Magescq.
Le repas fut un enchantement. Salade de homard aux pommes chinoise et Tournedos de boeuf de chalosse à la plancha pour elle. Effeuillée d’écrevisses « Pieds rouges » aux artichauts cuits et crus et Sole aux cèpes pour lui. Marc raconta qu’il avait déjà déjeuné dans ce restaurant, bien des années avant, avec ses parents. Déjà à l’époque il avait pris la sole aux cèpes. Il gardait, malgré son jeune âge, le souvenir précis de comment le serveur avait soulevé les filets pour les déposer dans son assiette. C’était du grand art, à deux doigts de la sculpture. Il n’avait commandé ce plat que pour profiter, une nouvelle fois de ce spectacle.
Ils quittèrent leur table heureux, comblés par l’ambiance, le service, le repas. Claire s’installa au volant. Marc jeta un dernier coup d’oeil au temple de la gastronomie qu’ils quittaient. Il se pencha vers Claire, l’embrassa dans le cou, et lui dit merci. Merci pour ce week-end, merci d’être ce qu’elle était, merci d’être avec lui. Claire rougit. Elle ne dit rien. La route défilait sous leurs yeux. Marc s’endormit. Il aimait quand Claire conduisait, elle était confiante, sûre d’elle. Tout le contraire de lui. Dès qu’il prenait le volant avec quelqu’un, il angoissait. Il se foutait d’avoir un accident, de perdre la vie, ses jambes ou toute autre partie de lui, mais il ne supportait pas l’idée qu’il puisse faire du mal à son passager. Il laissait Claire conduire à chaque fois qu’il le pouvait. Il se sentait bien à ses côtes. Marc s’endormit et ne se réveilla que quand ils retrouvèrent Bordeaux. La ville était calme comme tous les dimanches après-midi.
Claire se gara, Marc attrapa les valises. Ils remontèrent vers leur appartement. Woodstock les attendait sur le pas de la porte. Il miaula pour les accueillir, et pour que ses maîtres, qui l’avaient abandonné tout un week-end, regarnissent sa gamelle.
Marc hésita. Il ne pouvait pas lui raconter en détail ce week-end. Trop long, trop intime. Il ne pouvait pas non plus rester silencieux. Marc avait peu d’amis, et il considérait que Lucie appartenait à ce cercle restreint. Il entreprit donc de lui raconter l’essentiel. Une version résumé.
— D’accord, très bien, mais cette fille, c’est qui ?
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